La gestion de l’eau à Lyon passe dans le giron des écologistes (revue de presse)

Commençons par un peu d’histoire… Au carrefour du Rhône, de la Saône et de la Dombes, la Métropole lyonnaise place de facto l’eau au centre de ses problématiques. Le contrôle de l’eau, rappelle Le Monde du 26/10/2020, a d’ailleurs toujours marqué le curseur du pouvoir dans l’ancienne Lugdunum.

La Compagnie Générale des Eaux (CGE), créée en 1853 par décret impérial, est l’ancêtre de Veolia Eau qui gère aujourd’hui la distribution en eau d’1,35 millions d’habitants de la Métropole.

L’eau à l’heure actuelle est puisée sur le champ de captage de Crépieux Charmy, un site d’environ 375 hectares strictement interdit à toute activité humaine, à quelques kilomètres du centre-ville de Lyon.

Le nouvel exécutif écologiste fait de l’eau potable son premier dossier d’envergure et a pris la décision de ne pas renouveler la délégation de service public accordée à Veolia Eau, qui doit s’achever le 31 décembre 2022.

Le projet est donc la création d’une régie de service public à personnalité morale et autonomie financière selon Challenges du 15/12/2020, ce qui signifie qu’elle définit ses propres processus internes, dont les RH, ce qui permettra aux 280 salariés de Veolia, formés et sur place, d’intégrer la régie en conservant leurs contrats de droit privé.

Sur le papier, le projet est séduisant.

Comme l’explique Le Figaro du 21/10/2020, les bénéfices actuels dégagés par Veolia Eau (5-6% par an) pourront servir à améliorer la préservation de la ressource (non à provoquer « une baisse des tarifs » selon Bruno Bernard) et à engager des actions auprès des agriculteurs voisins pour réduire l’usage des pesticides. Le président de la Métropole ainsi qu’Anne Grosperrin, vice-présidente chargée de l’eau et de l’assainissement, souhaitent établir une tarification « sociale et solidaire » visant à limiter la surconsommation par des mesures « non encore définies ». « Nous allons travailler pour imaginer des paliers » déclare-t-elle à Challenges, qui permettront de moduler la tarification suivant la consommation, au bénéfice des foyers les plus économes en eau.

L’annonce faite par l’exécutif n’a pas manqué de faire réagir.

Pour Alexandre Vincendet (LR), « on monte le privé contre le public », rappelant que les élus socialistes qui ont voté avec Gérard Collomb la délégation à Veolia « retournent aujourd’hui leur veste avec les écologistes ». « La création de la régie se fait en catimini, sans la moindre discussion, par dogmatisme » regrette Louis Pelaez (Inventer la Métropole de demain). David Kimelfeld (Les Progressistes) rappelle que le « groupe de travail transpartisan sur le sujet de l’eau » qu’il avait créé lors de sa mandature de président de la Métropole, n’a pas été réactivé et que « Bruno Bernard a souhaité une commission ad hoc qui a travaillé très rapidement ».

Il est à noter également que l’entreprise Veolia dans le cadre de sa délégation est partenaire de la Métropole en matière de mécénat, d’insertion et de gestion des déchets…

Bruno Bernard s’appuie sur l’exemple de nombreuses villes de France comme Paris, Grenoble et Nice, arguant que « l’eau est un bien commun qui ne peut pas être confié et privé. C’est un choix pleinement réfléchi, philosophique et pragmatique ».

Comme conclut Le Monde, « l’eau constitue désormais un test fondateur pour les écologistes. Sur leur capacité à gérer. Et leur degré d’indépendance ».

Laurence

Sources :

  • « Le passage en régie n’a pas entraîné une baisse des tarifs de l’eau à Lyon », Le Figaro – 21/10/2020
  • « À Lyon, les écologistes prennent la main sur la gestion de l’eau », Le Monde – 26/10/2020
  • « Lyon : les Verts reprennent en main la gestion de l’eau », Challenges – 15/12/2020
  • « La rente de Veolia tombe à l’eau », Libération – 29/12/2020

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