Guide « Vers la résilience alimentaire » (fiche de lecture)

Le guide “Vers la résilience alimentaire, faire face aux menaces globales à l’échelle des territoires” constitue une publication inédite qui marque l’aboutissement d’un travail de recherche d’un an et demi, conduit par l’association Les Greniers d’Abondance et de nombreux partenaires scientifiques, experts et acteurs de terrain.

Il expose les vulnérabilités du système alimentaire contemporain face à différentes crises systémiques : changement climatique, épuisement des ressources, effondrement de la biodiversité…

Il invite les collectivités territoriales à se saisir de cet enjeu, en leur proposant un ensemble cohérent d’actions et de leviers à mettre en œuvre à leur échelle.

Ce travail a bénéficié de l’aide de l’État gérée par l’Ademe (TEES) ainsi que par l’Agence Nationale de la Recherche au titre du programme d’Investissements d’avenir portant la référence ANR-17-CONV-0004.

Le livre est accessible gratuitement ici : https://resiliencealimentaire.org/

L’enjeu de l’autonomie alimentaire à l’échelle de la Métropole de Lyon

L’autonomie alimentaire des villes, les impacts CO2 des transports alimentaires, sont des sujets qui deviennent de plus en plus présents dans notre quotidien de citadins.

Une étude d’UTOPIES (Mai 2017 // Note de position n°12 // Autonomie alimentaire des villes) rapporte qu’aujourd’hui, sur les 100 premières aires urbaines de France, la France a un taux d’autonomie alimentaire moyen de 2,1% (part de la production locale dans la totalité des produits agricoles consommés sur l’aire urbaine).

L’aire urbaine de Lyon arrive en 19eme position avec 2.93% de taux d’autonomie. L’autonomie alimentaire de la métropole de Lyon s’affiche, elle,  à 4,6%.

La métropole de Lyon est dans une situation paradoxale : alors que 95 % de notre production agricole est exportée, 95 % de la consommation de la métropole pourrait être assurée par la production agricole, dans le périmètre de 50 km autour de Lyon, en faisant évoluer nos pratiques alimentaires.

De plus, un tiers des habitants de la métropole lyonnaise déclare ne pas avoir les moyens de s’alimenter correctement.

Cette situation a des conséquences en termes d’impact environnemental (intensité des transports routiers via les camions qui importent et exportent parfois les mêmes aliments), sanitaire, mais aussi de lien social (perte de connexion entre ceux qui produisent et ceux qui consomment sur un même territoire).

“Vers la résilience alimentaire, faire face aux menaces globales à l’échelle des territoires”

Il est appréciable dans ce livre, qui en première partie, énumère clairement les menaces principales (ou les rappelle, selon où vous en êtes sur le sujet) , de trouver pour chacune, des voies de résiliences concrètes ainsi que des exemples de réalisations.

L’analyse est réalisée de manière systémique sur l’ensemble de la filière agricole, jusqu’au consommateur final, ce qui permet d’identifier tous les maillons faibles de la chaîne alimentaire.

Par exemple, actuellement, la fabrication d’un yaourt aux fraises nécessite de parcourir plus de 9000 km en transport routier…

Dans la deuxième partie du livre, 11 voies de résiliences possibles sont ainsi proposées, avec pour chacune un état des lieux, une liste de leviers d’actions et outils concrets pour les collectivités, et donc applicables à la métropole de Lyon et aux communes qui la constituent.

Plusieurs illustrations de bonnes pratiques sont également cités.

Exemple : sensibilisation des agriculteurs aux enjeux de transmission, politique fiscale, utilisation des marchés publics pour la restauration, développement des unités de transformation locales, logistique du dernier km…

Enfin,  ces recommandations sont complétées d’un paragraphe qui précise les obstacles possibles de mise en œuvre, ainsi qu’un choix d’indicateurs pour suivre la progression des actions.

En fin d’ouvrage est proposée une synthèse bien pratique des outils et compétences mobilisables par les collectivités : et cela va de l’installation des agriculteurs, à la distribution et au recyclage des nutriments, en passant par la gestion de l’eau, des semences, l’efficacité énergétique…

Il est également fait référence au Plan Alimentaire Territorial (PAT). Or, justement une Stratégie Alimentaire Métropolitaine a déjà été élaborée sur la métropole de Lyon en 2019.

Il est particulièrement appréciable dans ce livre d’appréhender le sujet sur la totalité de la chaîne alimentaire, et non pas seulement, comme souvent, par le biais de l’agriculture et de l’élevage, segment primordial certes, mais insuffisant si on le considère isolément.

À l’inverse, on pourrait tout de même trouver une limite à ce guide : prôner l’auto-suffisance des territoires, est-ce bien crédible ? 

L’idée serait surtout de garantir la sécurité alimentaire d’un territoire sans pour autant le couper du monde : le commerce et la complémentarité entre territoires sont également indispensables.

Jusqu’où doit-on aller ? Si nous pouvions déjà atteindre 10 à 15% d’autonomie alimentaire  sur la métropole de Lyon, au lieu des 4,6 % actuels, ce serait déjà un immense progrès.

Sabine

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